L'histoire incroyable
de Felix Kersten

Je suis San Judo, et pour mon premier article dans le San Magazine, il me fallait absolument raconter à nouveau l'histoire de Felix Kersten, déjà retracée par le célèbre écrivain et journaliste Joseph Kessel dans le livre Les Mains du miracle.

Par San Judo

Plus d'articles

L'histoire incroyable de Felix Kersten

L’histoire de Felix Kersten a été retracée par le célèbre écrivain et journaliste Joseph Kessel dans un livre trop peu connu à mon goût : Les Mains du miracle. Une histoire merveilleuse, celle d'un des rares hommes au destin peu commun dont le temps affecte les exploits. Si son nom est peu connu des mémoires, on lui rappelle souvent son rôle de médecin d’Himmler pendant la 2nde Guerre Mondiale. Mais attendons un peu, avant de blâmer cet homme, et retraçons en quelques lignes son histoire incroyable.

La médecine magique des mains

Felix Kersten est né en 1898 d’une mère qui, par le massage, soulageait les douleurs de ceux qui venaient la trouver. Le jeune Kersten développa très vite un sens du toucher semblable à celui de sa mère, qui lui permit dès sa jeunesse de prodiguer des soins déjà remarquables. Il vivait de ce qu’on voulait bien lui donner, en bon vivant, et il se satisfaisait d’un repas qu’il trouvait à la table des plus pauvres qu’il guérissait. Très vite il acquit une petite renommée qui lui valut l’attention d’un maître qui lui transmit au fur et à mesure des années l’intégralité de son savoir. Kersten devint capable de déceler tous les maux du corps, il devinait les cancers, replaçait les organes, détendait les membres rongés par le stress, et offrait toujours ses soins à ceux qui ne pouvaient se permettre de le payer. Joseph Kessel le décrit dans son livre comme un être sensible, incapable de blesser qui que ce soit. Imaginez son étonnement et son dégout quand on le pressa de soigner Himmler, atteint de crampes chroniques à l’estomac qui le faisait atrocement souffrir. Il refusa d’abord, puis finit par accepter sous les conseils d’un ami.

Dans les coulisses de la déportation

Kersten découvrit l’intimité d'un homme monstrueux capable d’envoyer à la mort des centaines de milliers d'individus. Le guérisseur n’aurait jamais imaginé devenir le médecin personnel d'un tel personnage lorsqu'il soigna une première fois ses crampes, mais celles-ci réapparaissaient toujours, le pressant à nouveau aux côtés de l’homme qui le dégoutait. Dans le roman de Joseph Kessel, Himmler est décrit comme un homme faible, soumis à la pression d’Hitler et rongé par un stress constant qui lui valait de recourir toujours plus aux soins de Kersten. Lequel finit par bien connaître le corps et l’esprit de son patient.

C’est ainsi qu’il plongea malgré lui dans les secrets des déportations. Il en tomba malade et décida finalement de jouer de son influence de médecin sur Himmler, prétendant que le stress de son patient était du aux ordres que celui-ci recevait. Il joua de son savoir et arrêta de soigner Himmler pour rendre ses crampes encore plus insupportables tout en accentuant, par ses mains magiques, le mal qui le rongeait. Par la suite, Himmler retarda une première fois l’ordre des déportations et Kersten soulagea de nouveau ses crampes. Le manège continua ainsi.

Kersten assurait que la pression rendait ses soins inefficaces, et lorsque les ordres se trouvaient retardés, il acceptait de soigner à nouveau le chef des SS, lequel fut bien forcer d’admettre que les ordres de déportation le rendait malade. Kersten alla même plus loin en insinuant que libérer peu à peu des hommes prisonniers des camps soulagerait grandement le mal d’Himmler, et quand celui-ci refusait de s’y soumettre, les mains de Kersten accentuait à nouveau les douleurs de son patient jusqu’à ce qu’il accepte la soi-disante influence de ces emprisonnements sur son mal. C’est ainsi que, par un courage remarquable, Felix Kersten permit à des milliers d’hommes d’échapper à un sort monstrueux.

Après la guerre, Joseph Kessel, rencontra Felix Kersten qui lui fit profiter de ses mains du miracle en lui racontant son histoire. Et quelle histoire…

Commandez gratuitement la version papier du magazine San !