Grand Corps Malade :
"Je me sens rappeur"

J'ai rencontré le très Grand Corps Malade, tout juste couronné des Victoires de la Musique, qui nous a parlé de son sentiment d'être rappeur et des frontières étroites entre le rap et le slam.

Par San Kerszner

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Grand Corps Malade : "Je me sens rappeur"

Je dois vous avouer que lorsqu'il est arrivé, je me suis littéralement chié dessus. Il est grand, sa voix fait trembler la pièce, et son regard est aussi perçant qu'une perceuse Leroy Merlin. Le charisme du personnage va avec sa carrière : en 2019, il a sorti son deuxième film, La Vie Scolaire, en 2020, il a sorti son septième album, Mesdames, et en 2021, Grand Corps Malade a remporté la Victoire de la chanson originale de l'année avec son morceau Mais je t'aime aux côtés de Camille Lellouche. C'est un grand monsieur, un San indéniable, qui n'hésite pas à se mettre à nu et à parler avec son coeur dans ses oeuvres.

San :

Comment tu conçois la frontière entre rap et slam ?

Grand Corps Malade :

J'ai toujours eu beaucoup de mal avec ces casquettes et ces étiquettes... Si j'écris, c'est parce que j'ai écouté du rap toute ma vie. Et aujourd'hui je me sens rappeur, j'écris des textes avec des rimes et je cherche le bon sens de la formule... La punchline, finalement. Quand Kery James et Diam's posaient sur un piano-voix, on ne leur disait pas que c'était du slam, et pourtant, quand je fais du rap, on veut que je reste un slammeur. La vérité c'est que je viens du slam, et le slam je le connais : c'est en acapella. Mais la frontière est étroite. Il suffit d'une mélodie plus rythmée, d'un beat Hip-Hop, et ça devient du rap. Je suis sorti du slam depuis longtemps et je revendique mes origines mais je n'y suis plus. Tu peux appeler ça du "slam en musique", mais ça n'existe pas. Au final, c'est du rap.

San :

Dans le son L'heure des poètes du parles de pleins de chanteurs que tu considères comme des poètes, comme Brel ou Brassens, et tu parles notamment de NTM et de Kery James.

Grand Corps Malade :

Parce que je pense qu'ils sont vraiment des poètes. Kool Shen a une plume incroyable, Kery James aussi. Depuis le début de ma carrière, je me sens très proche des rappeurs, dont certains qui ont une écriture très technique. Je connais bien Rim-K, Passy, j'ai bossé avec Oxmo Puccino, des gars de la vieille école mais ce sont des rappeurs.

San :

Parler de slam plutôt que de rap, est du politiquement correct pour les journalistes ?

Grand Corps Malade :

Je ne crois même pas que ce soit le cas, je pense qu'ils sont simplement à côté de la plaque et qu'ils pensent vraiment qu'il y a le rap, plus vulgaire, et le slam, plus sobre. C'est encore pire, parce que ça signifie qu'ils sont juste cons.

San :

Aznavour ou Booba ?

Grand Corps Malade :

Ah, t'es dur ! J'adore Booba, il écrit super bien et il est très fort dans son style de provocation. Personne ne peut contester qu'il maîtrise très bien sa com en jouant de son image, et c'est un grand nom du rap qui se maintient en place depuis plusieurs décennies, et ça c'est une prouesse... Mais Aznavour, y'a personne au dessus, c'est un monument.

San :

Et d'ailleurs, t'as fait un duo avec Aznavour ?

Grand Corps Malade :

J'ai eu la chance d'écrire pour nous deux, et il m'a dit "S'il vous plaît, écrivez en alexandrin...". Charles vouvoyait tout le monde. Un grand monsieur !

San :

Un San, lui aussi !

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